Textes

Étienne Hacquin a développé un travail pictural, dans une forme de filiation avec l'art abstrait et l'op art. Il s'en détache de façon subtile, prenant l'abstraction comme point de départ pour interroger ce que nous disent les objets. La grille d'un imprimé le guide à relever des liens possibles entre les figures et le fond.
Au premier coup d’œil, ses peintures, jeux de formes et de couleurs, sont réalisées à partir d'une combinaison d'un objet et de motifs répétitifs de tissu. Elles captent et troublent le regard, l'obligeant à rester en mouvement. Le sujet et le motif paraissent parfois se confondre dans la toile. Les formes et les couleurs, tissées ensemble, obligent ainsi un va et vient entre l'intérieur et l'extérieur. L'objet représenté semble apparaître et disparaître.
Si le motif fait référence au décoratif, dans les œuvres d’Étienne Hacquin, l'ornement renvoie à notre désir de personnaliser et de créer un univers à soi, protecteur. Contempler ces motifs est divertissant. Mais, derrière un plaisir du regard et de l'imagination, se cache une plus sombre réalité.
D'une virtuosité technique, ces peintures laissent place à une grande profondeur. La peinture est posée à plat, de façon rigoureuse. Ces compositions où se nouent les motifs engendrent une image à la limite du collage. Si dans certaines, les répétitions de motifs créent un fond, support pour un objet, dans d'autres, le sujet représenté devient parfois imperceptible.

Peindre le motif est comme une action mécanique, répétitive. Cette technique picturale, telle une règle de jeu, fait penser à une forme de contrainte, de lenteur, celle de l'artisan qui tisse. Pourtant, elle s'efface, laissant percevoir un objet plus que la peinture elle-même. D'apparence gaies, ludiques, ces œuvres cachent en réalité les travers de la société d'aujourd'hui, l’enfermement et la mondialisation.

Dans ses dessins, l'artiste, par le geste répétitif d'un trait de couleur, en alternance avec un léger vide, compose des formes. Ce remplissage suggère l'occupation d'un espace, entre ouverture et fermeture. Cet entre-deux laisse à la fois l'espoir d'une échappée et l'impossibilité d'aller au delà.

Étienne Hacquin pousse cette réflexion sur notre relation à l'objet du quotidien et sur l'espace dans ses projets d'installations, entre paysage et habitat. L'objet directement prélevé, devient matrice d'une œuvre. L'artiste le considère comme son nouveau médium, quasi un motif pour des agencements. Récupéré et installé dans l'espace d'exposition, il obtient ainsi un nouveau sens.

La peinture, objet de décor de nos intérieurs participe à un projet d'installation, environnement quotidien troublant. L'ambiance semble confortable, comme dans un rêve. En y regardant de plus prêt, la réalité frappe. Étienne Hacquin met en évidence de quelle manière la société dicte nos choix. Son travail révèle combien les objets participent d'une uniformisation du monde.

Pauline Lisowski