Clones

2007
Tirages numériques, dimensions variables

Etienne Hacquin utilise la photographie dans le but de montrer ce qu’elle n’est pas censée pouvoir montrer. Cela dans l’idée de générer chez le spectateur une sorte de va-et-vient entre ce qui est représenté (ce que l’image montre) et ce qui est présenté (ce que l’image est). Ses photographies se présentent comme une antithèse de la photographie traditionnelle en rassemblant non plus une mais différentes temporalités au sein d’un même espace. La scène est jouée plusieurs fois de différentes manières par le même personnage dans le but de représenter, de simuler, soit la présence de plusieurs personnes dans un même temps, soit la présence de la même personne à travers différentes temporalités.
Le sujet photographié se projette dans une action qui n’existe pas, il ne fait que projeter son image de façon à ce qu’elle puisse interagir avec les autres sur le résultat final. Chaque personnage occupe sur la photographie finale la place où il se trouvait réellement lors de la prise de vue. Cela permet de situer ces photographies entre un document tout à fait représentatif du réel et une composition calculée. On peut alors tenter d’imaginer les déambulations du personnage et du même coup de leur assigner une chronologie. Ces photographies entretiennent donc un rapport étroit avec le mouvement, c’est en ce sens qu’elles se rapprochent du procédé vidéographique qui consiste à découper des temporalités pour rendre compte d’un mouvement. La question qu’on pourrait alors se poser serait : Combien de temps sommes-nous en train de regarder ?
Enfin, ces mises en scènes à la fois grotesques et quelque peu angoissantes ne sont évidemment pas sans nous rappeler les tabous modernistes sur les recherches génétiques en matière de clonage. La matrice numérique est à l’image ce que le code génétique est à l’humain. Par sa capacité à détourner le visuel, la photographie numérique est le double ironique de la photographie traditionnelle, elle la détourne pour mieux pouvoir la questionner, la critiquer. Elle nous fait passer du « çà a été » au « çà aurait pu être ».